Lundi 28 janvier 2008

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Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun
valsant au bout d'une perche d’à peine un mètre qu'elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé, son ventre souriant comme le visage d’un clown, alors que l'autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d'eau. À la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé lui n'était plus qu'à moitié rempli d'eau.

Tout ceci se déroula quotidiennement pendant deux années complètes, alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu'un pot et demi d'eau. Bien sûr, le pot intact était très fier de ses accomplissements et se sentait particulièrement chic. Mais le pauvre pot fêlé, lui, avait honte de ses propres imperfections, il se traitait lui-même de bachi-bouzouk et se sentait triste, car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.

Après deux années de ce qu'il percevait comme un échec, il s'adressa un jour à la vieille dame, alors qu'ils étaient près du ruisseau. " J'ai honte de moi-même, parce que cette fêlure bizarre sur mon côté laisse l'eau s'échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison ". je fais mal mon travail et je ne ressemble en rien à mon presque jumeau, petit bijou de perfection.

La vieille dame sourit : " As-tu remarqué qu'il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu'il n'y en a pas de l'autre côté ? J'ai toujours su à propos de ta fêlure que tu trouves si bizarre. C’est de cette fêlure que part tout ton amour pour la fertilité du monde. Donc j'ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les as arrosées. Pendant deux ans, j'ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement tel que tu es, il n'aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter mon chemin du ruisseau à ma maison. La peine de porter toute cette eau en fût d’autant allégée par le beau spectacle qu’il m’était donné de voir grâce à cette fêlure".

Nous avons tous nos propres manques, nos propres fêlures. Elles se nichent dans notre cœur et le font s’ouvrir tel un abricot pour donner de la saveur et du goût à la vie. Mais ce sont chacune de ces craquelures et chacun de ces manques qui rendent nos vies si intéressantes et enrichissantes pour tous en toute fraternité.



Le jeu était : Raconter ou inventer une histoire avec les mots affichés en bleus. 
le jury du concours conte de Chevilly-la-rue. 2007

par beatrice saunier
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